III. Les solutions de financement adaptées à l'entreprise

L'entreprise a de multiples besoins de financement. Pour y faire face, elle doit choisir, parmi les divers modes de financement, ceux qui correspondent aux besoins à couvrir. Ainsi, elle aura besoin de ressources à long terme, pour assurer le financement de ses investissements, et de disposer d'un fonds de roulement et de ressources à court terme, pour financer son exploitation. Cette distinction faite, elle décidera des modes de financement à retenir en fonction de différents critères tels que les risques ou les coûts.

A. Le financement à court terme du cycle d'exploitation

Les besoins de financement liés au cycle d'exploitation (BFR) sont récurrents et doivent donc être financés par des ressources stables issues du fonds de roulement (FR). Cependant, le FR est souvent insuffisant et l'entreprise doit recourir à des financements à court terme.

1) Les concours bancaires

Ils représentent l'ensemble des crédits à court terme accordés par les banques (facilités de caisse pour les décalages passagers, crédits relais pour faire face aux besoins exceptionnels, lignes de crédit pour faire face aux variations du BFR et autres crédits à moins d'un an). L'utilisation des concours bancaires accroît la dépendance de l'entreprise vis-à-vis de ses banques qui peuvent, en outre, à tout moment, interrompre ces financements. Le coût des concours bancaires est très élevé car les banques les considèrent comme des financements risqués.

2) Le crédit interentreprises

Dans le cadre des relations entre entreprises (BtoB), les clients obtiennent de leurs fournisseurs des délais de règlement. Ce crédit fournisseur permet de financer partiellement le BFR, car il compense en partie le délai accordé aux clients de l'entreprise. Le risque pour l'entreprise est la dépendance qui s'installe envers les fournisseurs, car ce crédit est renouvelable automatiquement à chaque achat. En outre, le fournisseur court lui-même le risque d'insolvabilité de son client. Le coût de l'utilisation du crédit client est celui de la perte des escomptes de règlement liés au paiement comptant.

3) Les risques et coûts des financements à court terme

Les entreprises ont besoin d'avoir accès au crédit bancaire pour financer leur cycle d'exploitation. Cependant, elles se heurtent au problème de l'accès au crédit bancaire, de plus en plus difficile pour les PME. L'enquête du 15e baromètre KPMG/CGPME montre que 32 % des dirigeants de PME considèrent que l'accès au crédit est difficile en raison du contexte économique et que 66 % des patrons de PME jugent les conditions demandées par les organismes bancaires plus sévères qu'auparavant.

B. Le financement à long terme du cycle d'investissement

Le cycle d'investissement est un cycle long qui démarre avec les investissements de création et s'amplifie avec la croissance de l'entreprise. Il engendre donc des besoins de financement permanents et la recherche de ressources stables. Parmi ces ressources stables, on distingue :

les ressources internes (capitaux propres : autofinancement et capital) ;

les ressources externes (capitaux empruntés : emprunt, crowdfunding et crédit-bail).

1) Les ressources internes

L'autofinancement est un financement interne dégagé par l'entreprise grâce à son activité. Lorsque, à la fin d'un exercice, les produits encaissés excèdent les charges décaissées, il reste à l'entreprise un surplus monétaire : la capacité d'autofinancement (CAF). Une partie de la CAF peut être distribuée aux actionnaires sous forme de dividendes, le reste permet à l'entreprise d'accroître ses capitaux propres par la constitution de réserves. Ces réserves sont ensuite librement utilisables pour rembourser les emprunts, financer les investissements et le besoin en fonds de roulement.

• Les risques et coûts liés au financement par autofinancement

L'autofinancement est un financement peu risqué car stable et non remboursable. Cependant, il ne peut être retenu comme seul mode de financement des investissements car il suppose un arbitrage en faveur des réserves au détriment des dividendes distribués, ce qui risque de mécontenter les associés et actionnaires de l'entreprise. Il est, en outre, limité par la capacité de l'entreprise à créer de la richesse grâce à son activité.

L'autofinancement est un mode de financement dont le coût apparent est nul puisque l'entreprise n'a pas d'intérêts à verser. Il existe cependant un coût d'opportunité car les fonds consacrés au financement des investissements pourraient être placés sur le marché financier et rapporter des intérêts importants.

Les entreprises innovantes sont financées en partie par autofinancement, mais aussi par de l'endettement (auprès du groupe ou à l'extérieur), par des apports de capitaux ou des financements publics. Bien que près des trois quarts des innovations soient financées par l'autofinancement, ce mode de financement ne peut être la seule source de financement des investissements de l'entreprise.

L'augmentation de capital constitue aussi une source de financement interne lorsqu'il est fait appel aux actionnaires ou associés d'origine pour accroître les ressources stables. Si, au contraire, l'augmentation de capital se fait grâce à de nouveaux associés, il s'agit d'un financement externe.

Les risques et coûts liés au financement par augmentation de capital

L'augmentation de capital permet de financer la croissance de l'entreprise ou de rétablir son équilibre financier dégradé par des pertes, en lui apportant des capitaux propres.

Il n'y a pas de risque pour l'entreprise à recourir à l'augmentation de capital, si ce n'est de voir son actionnariat modifié avec un impact sur la gouvernance de l'entreprise. En effet, si de nouveaux associés entrent au capital de l'entreprise, les anciens risquent d'en perdre le contrôle. On parle alors de « dilution du capital ».

L'augmentation de capital est rémunérée à travers les dividendes versés aux actionnaires. Cependant, ce coût est maîtrisé par l'entreprise, qui ajuste le montant des dividendes chaque année en fonction des bénéfices réalisés et de la stratégie mise en œuvre.

2) Les ressources externes

En matière de financement des investissements, il est souvent nécessaire de trouver de nouvelles sources de financement pour pouvoir développer une innovation et assurer sa croissance. En effet, les fonds des fondateurs sont limités et ne permettent pas de suivre le développement d'une entreprise.

• L'emprunt est une opération juridique et financière par laquelle un ou plusieurs agents économiques, le ou les prêteurs (banque, établissement de crédit...), mettent à la disposition d'un autre agent économique, l'emprunteur (entreprise, entrepreneur individuel, ménage...), une somme d'argent en contrepartie du remboursement du capital et du versement périodique d'intérêts. On distingue l'emprunt obligataire et l'emprunt indivis :

l'emprunt obligataire, réservé aux grandes sociétés par action, à l'État, aux banques, collectivités publiques..., est divisé en parts égales représentées par des titres négociables : les obligations. L'entreprise s'engage à rembourser les obligataires à l'échéance et à verser des intérêts périodiques : le coupon ;

l'emprunt indivis, et donc non divisé, est contracté auprès d'un prêteur unique (banque, établissement de crédit...). L'entreprise s'engage, selon un échéancier fixé à l'avance, à rembourser le capital et à verser des intérêts périodiques.

• Les risques et coûts liés au financement par emprunt

L'emprunt entraîne une perte d'indépendance financière de l'entreprise vis-à-vis de ses banquiers et ne peut être la seule ressource de financement stable de l'entreprise car il est limité par la capacité d'endettement de cette dernière. De plus, le paiement des intérêts représente un coût important et peu prédictible dans le cas d'emprunt à taux variable.

• Le crowdfunding ou financement participatif. Le crowdfunding consiste à faire appel à un grand nombre de personnes pour financer un projet. Ce mode a été favorisé par Internet et les réseaux sociaux, qui ont permis l'apparition de plateformes de financement participatif mettant en relation les porteurs de projets et les financeurs. Ces plateformes d'intermédiation proposent diverses formes de financement des projets, en particulier :

– le don, qui consiste à apporter un soutien façon désintéressé à un projet, souvent associatif ;

– le don avec contrepartie, qui consiste à soutenir un projet avec une contrepartie. Il s'agit dans ce cas d'un acte proche de la vente ou du troc ;

– le financement participatif en capital (equity based crowdfunding), qui permet de prendre une participation sous forme d'achat d'actions dans les entreprises financées.

Le crédit-bail est un mode de financement proposé par des sociétés spécialisées (crédits-bailleurs), par lequel l'entreprise renonce à acheter le bien elle-même mais le loue au crédit-bailleur pour une durée déterminée, avec une promesse de vente à l'échéance. Ce mode de financement n'apparaît pas au bilan de l'entreprise.

• Les risques et coûts liés au crédit-bail

Le crédit-bail permet de financer un investissement sans apport de capitaux et sans dégrader la capacité d'endettement, tout en limitant le risque d'obsolescence du matériel, car la plupart des contrats prévoient des clauses d'échange pour matériel plus performant.

Pendant la période du crédit-bail, l'entreprise peut disposer du bien, même si elle n'a pas la capacité immédiate de le financer ou de s'endetter. Elle préserve ses ressources financières pour financer son activité.

Cependant, le coût des loyers ou redevances est élevé (souvent supérieur à celui du crédit), ce qui augmente sensiblement ses charges et diminue la rentabilité de l'entreprise. Ce mode de financement n'est pas adapté à tous les projets d'investissement : il est plus particulièrement destiné aux investissements d'équipement en matériel.